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Révolutionnaires et communautés utopiques

Révolutionnaires et communautés utopiques

Mercredi 13 décembre 2017,
Amphi 220, 2èmme étage
Maison des Sciences de l’Homme 4 rue Ledru - Clermont-Ferrand

PROGRAMME ET RESUMES DES INTERVENTIONS

MATIN

- 9h30-10h : Philippe BOURDIN, Introduction générale

- 10h-10h30 : SERGE MAURY, docteur en histoire, Une communauté de croyants soudés par l’attente du millénium : les « Fareinistes » (1783-1805)

Le groupe convulsionnaire « fareiniste », apparu dans les années 1780 dans les Dombes, et qui s’est reconstitué à Paris sous le Directoire et le Consulat, est le type même d’une « communauté utopique », structurée autour de l’attente du millénium et de la fin des temps. Nous verrons dans quelle mesure cette micro-société fonctionne selon le mode de la « clôture », hors du temps et du monde. En effet, ces croyants dissidents perçoivent les événements (externes, et internes au groupe) à travers un prisme biblique tendant à l’ésotérisme. Leur fonctionnement interne obéit également à une logique « sectaire ». Mais certains de ces fareinistes ont un ancrage politique et social réel, ce que tendraient à occulter les discours convulsionnaires sur lesquels nous avons essentiellement travaillé (et qui majorent les données proprement religieuses).

10h30-10h45 : pause

- 10h45-11h15 : Claude MAZAURIC, PR d’histoire émérite de l’Université de Rouen, Aux origines des « rêves » de Gracchus Babeuf

Dans sa Défense générale prononcée devant la Haute-cour de Vendôme à la fin de mai 1797, François-Noël Babeuf, dit « Gracchus », se réfère, entre autres, parmi les sources de sa pensée sociale et politique, à « Diderot » (en fait Morelly), Mably, Rousseau, etc., et évoque les utopies (« les rêves ») qu’il considère comme le ferment initial de son projet terminal de « communauté des biens et des travaux ». On essaiera de repérer dans le grand corpus de ses écrits antérieurs, depuis ses lettres à Dubois de Fosseux, secrétaire perpétuel de l’Académie d’Arras, avant 1787, et à la suite de ses premières publications, puis dans les notes, lettres et discours qui ont accompagné et souvent traduit le mouvement de sa pensée et de ses ambitions politiques au cours de la Révolution, notamment dans ses lettres au curé Coupé de l’Oise, à Chaumette, comme dans ses manuscrits conservés à Moscou et connus sous le titre Lueurs philosophiques, ou encore, après Thermidor, dans ses opuscules sur la Guerre de Vendée ou dans ses lettres-programme adressées à son codétenu à Arras, Germain, et enfin dans les articles du Tribun du peuple, comment a varié, s’est affaiblie, ou muée en projet politique et programme de transformation sociale, sa visée relative au « bonheur commun », au « bien commun », qui a donné sens à sa vie.

- 11h15-11h45 : Côme SIMIEN, docteur en histoire, Heurs et malheurs des « utopies » pédagogiques de la Révolution françaises (1789-1848)

Bronislaw Baczko place au cœur de la Révolution française ce qu’il nomme « l’utopie pédagogique » de la régénération de la société par l’école. Le caractère « utopique » des idées scolaires défendues par les révolutionnaires procède toutefois davantage d’une analyse a posteriori de l’historien que de la manière dont les acteurs de la Révolution ont eux-mêmes appréhendé l’école républicaine qu’ils espéraient construire. Force est néanmoins de remarquer que certains théoriciens de l’école révolutionnaire ont pensé un cadre pédagogique communautaire supposé refléter, tout autant qu’annoncer, jusque dans ses moindres détails, la Cité nouvelle attendue par les républicains. L’idée d’une école entendue comme micropolis révolutionnaire idéale est alors de large circulation et se retrouve dans de nombreux écrits de l’époque. Tous ne poussent cependant pas aussi loin que Michel Lepeletier ou Léonard Bourdon cette manière particulière d’appréhender l’école. Ce dernier est, du reste, à l’origine d’une expérience scolaire (la Société des jeunes Français) qui, depuis Paris, entre 1792 et 1795, tentera de décliner l’utopie scolaire écrite en utopie pratiquée et vécue par les orphelins des défenseurs de la patrie. Cette approche révolutionnaire de la scolarisation est réputée avoir eu la vie courte (1792-1795, pour l’essentiel). Il est toutefois permis de se demander ce que les expériences utopiques du premier XIXe siècle, si soucieuses des questions éducatives, doivent, dans leur programme et leurs pratiques scolaires, à ce modèle pédagogique de la fin du XVIIIe siècle.

11h45-12h30 : débats

APRES-MIDI

- 14h-14h30 : Jérémy DECOT, doctorant UCA, Utopie et primitivisme en poésie et en peinture : la « secte des Barbus », des « illuminés » sous le Consulat

C’est une communauté d’artistes bien étrange, dont le poète Charles Nodier nous a laissé une description. Les peintres et les poètes, qui en firent partie, prétendirent ressusciter parmi eux les formes, les mœurs et les vêtements des premiers siècles. Ils affectèrent ainsi de porter l’habit phrygien, de se nourrir de végétaux, de vivre en petites communautés afin d’incarner une peinture vivante d’un âge d’or idéalisé. Constitué autour du peintre Maurice Quays, le groupe des « Médiateurs », aussi nommée « secte des Barbus », en raison de leur apparence physique, connut une brève existence entre la fin de la Révolution et le Consulat. Née originellement au sein de l’atelier de David, cette communauté regroupa des adeptes du goût néoclassique, qui poussèrent la logique jusqu’à adopter le style grec antique dans leur mode de vie quotidien, et plus seulement dans leurs productions artistiques. L’existence d’une telle communauté semble pouvoir s’expliquer par l’acculturation des différentes couches sociales à l’anticomanie. Ce goût pour l’Antiquité, bien qu’antérieur à la Révolution, fut particulièrement prégnant pendant la période révolutionnaire dans les références politiques. L’atelier de David, député montagnard à la Convention, fut certes pour ses élèves aussi membres de cette secte (comme Quays, les frères Franque, ou Jean Boc) un lieu de politisation, mais certains d’entre eux s’engagèrent du côté de la Révolution, avant même de fréquenter le peintre fameux du Serment du Jeu de paume. À titre d’exemple, Jean Boc, avant de débuter une carrière dans les arts, fut, un temps, enrôlé dans les armées révolutionnaires et participa à la guerre de Vendée. Nodier, lui, produisit quelques vers en l’an II en l’honneur de Viala et Barra. Tous ces jeunes gens, âgés seulement d’une vingtaine, voire d’une trentaine d’années sous la Révolution et le Consulat, semblent se caractériser par la radicalité de leur pensée et de leurs habitudes. L’habit et le corps (cheveux longs, longues barbes) devinrent chez eux un marqueur identitaire et politique fort. L’appartenance à cette secte des Barbus et les pratiques vestimentaires, alimentaires, corporelles même, de ses membres invitent à interroger le contexte idéologique et les représentations à l’œuvre dans la formation d’un tel groupe humain. Il s’agira de replacer la secte des Barbus dans le contexte plus général du primitivisme, qui a eu cours dans les milieux artistiques et littéraires des dernières décennies du XVIIIe siècle. Nous essaierons de montrer les liens de l’illuminisme, du néopaganisme et de la vogue pour la poésie d’Ossian avec cette communauté d’artistes. Les pratiques concrètes de cette communauté seront aussi à rapprocher des questionnements sur la société et le nouveau contrat social induits par le bouleversement révolutionnaire, sur la place des hommes, des artistes et des animaux, suite, notamment, à l’avènement de la Ière République. Nous essaierons, enfin, de voir comment l’engagement révolutionnaire de certains membres des Barbus put influencer jusqu’au fonctionnement et à la structuration de la secte.

- 14h30-15h : Alexandre TCHOUDINOV, directeur de recherches à l’Institut d’histoire universelle de l’Académie des sciences de Russie, Pierre-Ignace Jaunez-Sponville, l’utopiste, précepteur et entrepreneur

Le nom de Pierre Ignace Jaunez-Sponville (1750-1805) est connu des historiens de la pensée utopiste au moins à partir de 1881, quand Ch. Read réédite La Philosophie du Ruvarebohni, la première utopie communiste française du XIXe siècle, écrite par Jaunez-Sponville et son ami Nicolas Bugnet, et publiée par le dernier en 1809. Cependant, jusqu’à récemment, on en sait peu de la personnalité de Jaunez-Sponville. La découverte de ses lettres dans le fonds de Gilbert Romme aux Archives d’État de la Fédération russe, par l’auteur de cette communication, a permis d’en savoir davantage pour la période prérévolutionnaire, et a donné des indices pour l’étude de ses activités durant la Révolution. Ayant l’intention, de retour de Russie où lui et Nicolas Bugnet ont été les précepteurs de jeunes aristocrates, de créer ensemble une communauté agricole, Jaunez-Sponville est devenu un prospère entrepreneur, un philanthrope. Il a participé aux premières sociétés révolutionnaires, a été arrêté à l’époque de la Terreur. Enfin, il est devenu un admirateur ardent de Napoléon Bonaparte.

- 15h-15h15 : pause

- 15h15-15h45 : Walter BRUYERE-OSTELLS, Professeur à Sciences-Po Aix-en-Provence, Le projet de « colonie agricole et industrielle » (1825), une autre forme d’engagement révolutionnaire du colonel Fabvier en Grèce

Ce projet de plusieurs pages conservé dans les archives personnelles de Fabvier (AD Meurthe-et-Moselle) constitue le but initial de son retour en Grèce en 1825 mais ne connaît pas de mise en œuvre. En revanche, il s’inscrit dans le projet révolutionnaire européen devenu philhellène auquel prend part Fabvier. À partir du texte du projet et du début de recrutement, il s’agira d’analyser la dialectique qui se dégage de ce texte entre le mouvement national grec, les circulations combattantes en Europe et la matrice de la Révolution française. La colonie est à la fois envisagée comme un espace de transfert de compétences des philhellènes vers les Grecs au service de la construction du jeune État mais aussi comme un lieu dédié à la retraite de vétérans révolutionnaires pourchassés sur le reste du continent. Si peu d’indices permettent de tracer les sources philosophiques et littéraires de ce projet grec, il s’agira de voir comment il s’inscrit à la fois dans l’héritage d’expériences de vétérans napoléoniens et dans la réflexion personnelle de Fabvier sur les liens entre crises socioéconomiques, mouvement révolutionnaire et politique (Lyon en 1817).

- 15h45-16h15 : François FOURN, docteur en histoire, Étienne Cabet : de la Révolution à l’utopie icarienne

À partir de 1848, Étienne Cabet a entraîné aux États-Unis environ cinq mille de ses disciples communistes icariens, mais pas tous en même temps. Ils y ont vécu en communauté, jusqu’à la fin du siècle pour les plus persévérants, dans l’Illinois, dans l’Iowa, à cinq ou six cents, hommes, femmes et enfants, dans les meilleurs moments. L’Icarie de Cabet est sans doute, par bien des aspects, un projet utopique, explicitement revendiqué comme tel, mais elle est aussi une réponse aux aspirations égalitaires, démocratiques des milieux ouvriers français du premier XIXe siècle, un programme pour réaliser les promesses de la Révolution, la Fraternité, l’Égalité et la Liberté. Cabet avait un an quand elle a commencé. Soutenu, instruit, formé par d’ardents et généreux patriotes, les trente premières années de sa vie en sont fortement affectées. Il est en première ligne quand est fondé un parti républicain en 1832, ce qui lui vaut une condamnation à cinq ans d’exil. Entre 1834 et 1839, à Londres, il rédige son Voyage en Icarie, le roman de son utopie communiste, en même temps qu’il écrit son Histoire populaire de la Révolution française. Il s’emploie à réhabiliter la mémoire de Robespierre et imagine l’établissement pacifique et progressif d’une république communiste comme la conséquence de sa victoire si elle avait pu advenir. L’engagement patriotique, républicain, socialiste, communiste auquel Cabet invite les ouvriers français tout au long des années 1840, le projet de continuer et de terminer la Révolution française, semblent en contradiction avec l’appel à émigrer en masse aux États-Unis. La critique en est formulée par les communistes révolutionnaires. Dans les faits, la colonie icarienne devient un lieu de refuge pour les rescapés de juin 1848, ceux de 1851, pour les vaincus de la Commune encore dans les années 1870. Un icarien la désigna, dès le début, comme « un îlot de salut pour l’Humanité désespérée ».

- 16h15-17h : débats

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